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Benoît Melançon, «En bref : Place de Sienne, côté ombre / Fruttero & Lucentini», Spirale, 52, mai 1985, p. 10. Place de Sienne, côté ombre. Roman de Carlo Fruttero & Franco Lucentini, Paris, Seuil, 1985, 182 p. Ill. Édition originale : 1983. Traduction de Jean-Claude Zancarini.
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Avec la Femme du dimanche (1973) et la Nuit du grand Boss (1980), Fruttero & Lucentini nous avaient habitués à des récits policiers enlevants, où dominait la parodie des discours sociaux de l’Italie contemporaine. Place de Sienne, côté ombre ne fait pas autre chose, pense-t-on après quelques pages de ce quatrième roman du duo. Les aventures de l’avocat milanais Maggioni et de sa femme Valeria, pour fantastiques qu’elles paraissent, ne se distinguent guère, en effet, des affaires habituelles de Fruttero & Lucentini. En plus d’être, comme les romans précédents, une véritable vitrine de discours, le récit repose sur une même complexité de l’intrigue : qui sont les mystérieux hôtes de Maggioni et Valeria ? Quel est leur lien avec le Palio, course hippique des contrade (paroisses) de Sienne ? Est-ce uniquement un mauvais choix de route causé par la grêle qui a poussé les deux «champions de l’humanité moyenne» dans les bras de ces riches Siennois ? Le pâle Maggioni réussira-t-il à percer le chiffre de la nouvelle langue faite du vocabulaire séculaire du Palio et des clichés de la publicité et de la télévision ? Restaurera-t-il «l’ordre de l’homme moyen» en évitant les pièges des mondes inconnus que sont le Palio et ses acteurs ? Vaincra-t-il le sort ? «Moins auguste que le Fatum, moins effrayant que le Destin, plus élégant que le hasard, plus sérieux que la fortune», celui-ci explique les liaisons extraconjugales de Maggioni et de Valeria, la modification de leurs comportements et le résultat final de la course. Si le meurtre d’un jockey semble le centre d’une trame policière classique, tout s’embrouille pourtant à mesure qu’approche l’étrange dénouement final : ce «polar métaphysique» accorde autant, sinon plus d’importance aux jeux du sort qu’à la solution de l’intrigue et préfère les couleurs fantomatiques du Palio à la «vie tempérée, médiocre» et à son «cortège décidément gris, terne». Personnages déplacés, incompréhensions et rebondissements, observations et attentes : tout l’attirail de Fruttero & Lucentini y est, sans toutefois la richesse (psychologique, narrative) qui faisait de la Nuit du grand Boss une merveille.
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