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Benoît Melançon, «En bref : publicité de la Banque Nationale», Spirale, 98, été 1990, p. 13.
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Ça dure à peine quelques secondes et ça résume admirablement le Québec d’aujourd’hui; la Banque Nationale a mis en plein dans le mille. La narration est limpide : un adolescent se sent délaissé par ses amis qui se promènent à vélo. Il va chez le marchand, signe un chèque pour s’acheter une mobylette, puis retourne pavaner devant ses copains. La fin du message, édifiante, pète d’originalité. Une adolescente, rêveuse, suit le héros des yeux : elle est séduite. Règle numéro un des jeunes don Juans québécois : flasher. On s’étonne de voir que tant de bêtises peuvent être produites par une publicité, la québécoise, qui ne cesse de claironner un peu partout ses dons d’invention.
Tout y est : le pouvoir de l’argent (je t’envie ? je signe un chèque, et c’est réglé); le tape-à-l’il (ma mob contre ta bécane); le sexisme ordinaire (les adolescentes sont attirées par l’argent); la banalisation d’une certaine richesse (tous les ti-culs qui rêvent d’une mobylette n’ont qu’à se précipiter chez le marchand, c’est bien connu). À une époque où l’Université de Montréal a voulu attribuer un doctorat honoris causa à Pierre Péladeau, cette publicité touche une des cordes sensibles des Québécois, la réussite matérielle. La Banque Nationale et le patron de Québécor (riche, tape-à-l’il, sexiste) non seulement défendent, mais promeuvent, les valeurs qui dominent aujourd’hui au Québec. Le tragique de la télévision, c’est qu’elle nous renvoie toujours, et immédiatement, notre image.
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