Une visite à l’Uterium Lettre d’un adepte du nouvel age sur la reingenierie de son vecu

« Lettre d’un adepte du nouvel âge sur la réingénierie de son vécu
ou Une visite à l’Utérium »

 

Adjacent-Plateau, le 31 décembre 2003

Chère Céline,

J’ai été grandi hier. Je me cherchais et j’ai enfin trouvé la meilleure façon de me ressourcer.

Je suis allé chez Utérium. C’est feng shui comme ça se peut pas. Quand tu arrives, on te demande ton nom et on t’appelle tout de suite par ton prénom, et tout ce que tu as et tout ce que tu es et tout ce qu’on te donne devient « petit ». Et pourtant j’ai crû.

— Robert, me glissa l’hôtesse, tu mets ta petite veste sur la petite patère, tu te choisis tes petites sandales, je te donne ta petite robe de chambre, et tu m’suis…

Je la suivis jusqu’à ma cabine de flottaison personnelle. Je pris douche. Et je m’introduisis dans l’eau. Ô miracle antinewtonien ! Je flottais. Pas égal, pas de partout, mais je flottais. Le bedon, le nez, le menton et quelques autres appendices prenaient l’air, mais le reste était immergé.

Il y avait des lumières : orange, bleu, vert, fluo doux. C’était un peu étroit. Je traversais en longueur d’un coup d’orteil et je touchais aux parois quand j’étendais les bras. Mais je flottais. Il y avait de la musique, mais, au bout d’un quart d’heure, la musique s’est arrêtée et ce fut le silence de la mer de Chine le soir au fond des bois.

— Là, Robert, m’avait-on expliqué, après les quarante minutes de silence, tu vas entendre des anges qui vont venir te réveiller. Les anges, ils ont des voix de femme. Cinq minutes, qu’ils vont te réveiller les anges. Ce sera le signe que le bain est fini et tu pourras sortir. Tu reprends une douche et tu te laves plusieurs fois très fort tes petites oreilles, sinon le sel il va coaguler et faire des cristaux et bouchonner et ça va faire crac et tu n’entendras plus rien du tout.

J’ai joué le jeu au max. Je me suis mis sur le dos et je n’ai pas bougé. Après vingt minutes, j’ai senti revenir la danse de saint Guy et une furieuse envie de chanter des chansons grivoises. Alors, comme j’étais tout seul, je me suis à m’amuser.

Je n’avais malheureusement pas apporté avec moi mon petit bateau ni Floppy le chien que je prends dans mon bain à la maison. Alors, sans me démonter, j’ai trouvé des jeux avec moi-même. En tout bien tout honneur, je précise. Je me suis mis dans la tête d’essayer de chavirer. Pas facile, si beau lac  ! Je me suis mis de travers, sur le côté, tout en fermant un œil pour pas prendre du sel de soufre dedans. Je flottai profil gauche, je flottai profil droit. Puis j’entrepris la difficile manœuvre de la flottaison sur le bedon. Une de mes lèvres trempa dans la baignoire. Bleeeuuuarkkkkk ! Je repris, me mentonnnant dehors. Floup ! Et je me retrouvai l’autre face à l’air ! Aaaaaaahhhhh ! Joie du physicien qui vérifie la justesse de ses fondements et ajoute un corrélat décisif au chapitre de la mécanique des fluides ! De plus en plus fort… J’ambitionnai le looping ! Un tour complet ! L’affaire était sérieuse et complexe ; cette fois, il me fallait un plan. Je calculai que mes meilleures chances de loopinguer étaient d’enclencher à partir du côté droit. À cause de mon foie d’ex-alcoolique. Une fois celui-ci lancé, il allait entraîner un fort mouvement giratoire des masses gélatineuses environnantes, lui-même entraînant à sa suite un vaste tourbillon centrifuge des chairs annexes lointaines et proches, le tout permettant scientifiquement de prévoir un rassemblement raisonnable du corps en sa légitime et intégrale territorialité volumique deux secondes après l’amorce du mouvement circumbulatoire. One two drei. Schplaouf ! fit l’eau en sortant du bassin pour faire flaque. Tout marcha, le looping fut admirable. À l’extérieur, ils se demandaient ce que je faisais.

— Ça va, mon petit Robert ?

— Bloui bloui.

Quelle joie que d’éprouver en son for intérieur le sentiment de plénitude du morse quand il s’ébroue dans sa Baltique natale !

La voix des anges me tira de ma gymnastique. Ça m’avait permis de tuer le temps, et j’étais content à l’os. Je repris douche (qu’est-ce que j’étais propre !). Et j’allai attendre dans le couloir. Suivit un massage que je te raconterai une autre fois.

Voilà, ma Céline, mon expérience du bain flottant. Je suis sûr qu’elle m’a fait retrouver mon enfant intérieur. Une heure, et tous mes irritants avaient disparu. Mon quotidien ne sera plus jamais le même. Je sais dorénavant où m’investir.

Céline, pour ton anniversaire, je t’offre une séance à l’Utérium, car je veux que tu évolues dans ton cheminement avec la même attitude positive que moi. Ne pense pas que c’est de la pensée magique ; ça marche.

Ton Robert.