Mario Landry à l’ecole de croissance Mario Landry à l’ecole de croissance

 

« Mario Landry à l’école de croissance »

Robert et Céline Dumont, qui sous-louaient 8474, Grande-Allée, s’identifiaient comme des bonnes personnes. Aucun voisin n’aurait songé que leur vécu avait à quelque part quelque chose d’extrême. Ils n’étaient pas non plus du genre à niaiser avec la puck.

Robert dirigeait l’Utérium, une boutique de feng shui où on donnait des massages jovialistes. C’était pourtant un vrai gars, pas un homme rose. Céline, elle, était bleachée, avec un cou hyperlong, qui lui servait à observer par-dessus la clôture quossé que les voisins faisaient. Ils avaient un flo prénommé Jean qui était pour eux le plus hot des flos du monde.

Robert et Céline étaient gras durs. Dans leur vie, le seul irritant, c’était un secret qu’ils craignaient la découverte un jour. Si un quelconque Jos Connaissant entendait parler des Landry, ils étaient sûrs de ne pas s’en remettre. Madame Landry était la sœur de Céline, mais il n’y avait plus eu de suivi entre elles depuis des années. En fait, Céline était pas mal sûre pas à peu près dans sa tête d’être fille unique, car sa sœur et son téteux de mari avaient pas rapport avec quelqu’un comme elle, ni avec Robert et leur capital génétique. Ils capotaient à l’idée que les Landry pourraient venir parader dans leur ruelle. Ils savaient que les Landry, eux aussi, avaient un jeune, Mario, mais ils ne l’avaient jamais vu. Son existence était une raison de plus pour tenir les Landry éloignés : il était hors de question que le petit des Dumont fréquente un ado comme celui-là.

Lorsque Robert et Céline s’éveillèrent mardi matin, la météo ne faisait pas de sens et rien dans le ciel pisseux ne laissait songer que des événements débiles allaient éventuellement faire sauter plusieurs coches à tout le pays. Robert chantait une toune tendance en nouant sa cravate la plus drabe pour aller à la boutique, tandis que Céline s’excitait le poil des jambes avec les derniers potins du quartier en suant en masse pour installer dans sa chaise haute le jeune Dumont qui braillait avec intensité.

Personne ne remarqua le gros hibou aux plumes chromées qui passa devant la fenêtre.

À huit heures et demie, Robert prit son sac nouvel âge, donna un bec à Céline et essaya d’en donner un au petit Dumont, mais sans succès, car le flo était sur le gros nerf et aspergeait de céréales tous les murs du 2 et 1/2.

— Méchant petit moron, glissa Robert en quittant.

Il monta dans sa voiture, qu’il avança vers l’arrière de l’allée.

C’est au coin de la rue qu’il remarqua pour la première fois un truc capoté à planche : un chat qui lisait vraiment une carte routière. Pendant une petite minute, Robert n’eut pas de but. Il tourna la tête pour regarder une deuxième fois. Il y avait bien un chat tigré, mais pas de carte. Quossé qu’il avait imaginé ? Un reflet du soleil sur le trottoir avait dû le biaiser. Robert cligna des yeux et les planta dans ceux du chat. « Laisse-moi vivre », semblait dire le félin. Comme il faisait un virage à droite et s’engageait sur la route, Robert continua à suivre le chat dans son rétroviseur. Le matou était en train de lire la plaque qui disait « Grande-Allée » — mais non, estie, il ne lisait pas, il fixait la plaque, pas plus. Les chats ne sont pas des apprenants et ne peuvent pas lire des cartes ou des panneaux. Robert se calma le pompon et flusha le chat tigré de son esprit. Jusqu’à la ville, il focussa sur la grosse commande de varlopeuses mécaniques qu’il espérait ploguer ce jour-là.

D’après J.K. Rowling, Harry Potter à l’école des sorciers, Paris, Gallimard Jeunesse, coll. « Folio Junior », 2002, 305 p., p. 5-7.